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« Au bout du conte » d’Agnès Jaoui

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Elle réalise, et à l’écran aussi c’est elle, le pilier du film. Agnès Jaoui jouant Marianne, une comédienne qui patine et met en scène -entre deux « voix » pour une pub de shampooing bio- des pièces de théâtre pour enfants. Une bonne fée avec une baguette magique qui ne marche pas à tous les coups. Eh oui, parfois, le prince charmant ne veut pas embrasser la princesse, une autre fois c’est elle qui se détourne de l’amoureux, au point qu’il finit par se barrer avec la fleur plutôt qu’avec la princesse. La vie des grands enfants, aussi.

Hors de la scène, Marianne est la mère d’une petite fille en pleine crise de foi et la tante de Laura (Agathe Bonitzer) jeune fille de bonne famille élevée par un père (Didier Sandre sur grand écran cette fois) qui fait peu de chose pour la sortir de ce qu’on soupçonne être un complexe d’Electre et une mère tirée à quatre épingles et autant de chirurgiens esthétiques (Béatrice Rosen). Et puis un jour, Laura va rencontrer son « prince charmant » en la personne de Sandro (Arthur Dupont). Du moins jusqu’à ce qu’elle croise- le « grand méchant loup », au détour d’une scène géniale où elle va lui demander son chemin. Erreur, Max -très justement interprété par Benjamin Biolay- est un Narcisse cynique et manipulateur comme les aimantent les jeunes filles de son genre. D’ailleurs, il connaît la recette pour les princesses endormies : une bonne gifle.

Mais elle ne le découvrira que trop tard, après avoir fait souffrir son ex-grand amour qui lui, se bat pour exister entre une mère incapable de rentrer seule chez elle (l’excellente Dominique Valadié) et un père qui préfère repousser les autres afin d’éviter qu’ils l’étouffent de leur amour. Pierre est prof d’auto-école bougon, solitaire et égoïste. Dans ce rôle-là, Bacri joue du Bacri mais nous surprend, notamment dans cette scène touchante où il prend son fils dans les bras en pensant que ce sera sans doute la dernière fois. C’est sûrement la première en tous cas.

Voilà-et c’est peut-être ce qui fait qu’Au bout du conte est un film qui conduit à s’identifier à une multitude de personnages quel que soit leur âge, leur sexe et leur milieu- la règle en amour, en famille, en amitié est immuable : chacun fait comme il peut.

Oui, Agnès Jaoui a lu « la femme seule et le prince charmant » de Jean-Claude Kaufmann et en renvoyant à la figure de toutes celles-là les pièges que la recherche du prince charmant leur réserve, elle tâche de leur dire que « le bon » ne remplira certainement pas les critères de ce mythe que l’on répète trop tôt et trop souvent aux petites filles. Surtout, qu’elles essaient d’exister par elles-mêmes, avant. Elle en sait quelque chose, l’idée d’écrire ce film, comme les précédents, sans Jean-Pierre Bacri est, si l’on en croit la masse d’entretiens récents, simplement inenvisageable.

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